9 novembre 1989 – 9 novembre 2019

9 novembre 1989 – 9 novembre 2019

9 novembre 1989 – 9 novembre 2019


Nous étions trois amis de la Faculté de Brest, Karine Quéméré, Valérie Tréflès, originaires de Pluguffan, et Christian Troadec, de Plévin (22).

L’annonce faite le jeudi 9 novembre 1989 de la chute du Mur de Berlin nous marqua tellement que nous décidâmes de partir vivre sur le champ ce moment de l’Histoire. C’est ainsi que nous nous rendîmes à Berlin avec notre 205 bleue. Karine, lycéenne au Lycée Saint-Anne de Quimper, avait eu l’occasion, lors d’un échange scolaire, de se rendre par 2 fois à Berlin, en 1986 et 1988 et avait conservé des contacts avec son correspondant Eckart et sa sœur, Karin. Munis de cette précieuse adresse, nous roulâmes pendant toute une nuit et une journée sur plus de 1 500 km avant que Valérie ne s’aperçoive qu’elle avait oublié ses papiers d’identité ! Nous n’avions quand même pas fait tout ce chemin pour rien !

Valérie fit donc la fin du voyage en passagère clandestine, sur près de 150 km quand même, dans le coffre de la voiture, cachée, enroulée dans des vêtements !

Une fois sur place, nous allions vivre pendant plusieurs jours des moments inoubliables près de ce mur bien froid, symbole que nous détruisions avec un petit marteau à la main : nous nous souvenons de la fraternité qui y régnait alors, abolissant cette si longue brouille entre voisins si proches, issus d’un même peuple. On chantait, on trinquait, on souriait, les visages s’illuminaient. Ce fut un déferlement de joie dans les rues de Berlin, des rencontres exceptionnelles et inoubliables de simples citoyens, d’intellectuels, de jeunes de notre âge tous avides de fêtes, d’oranges ou de produits tout aussi «exotiques»…

Mais déjà, quatre à cinq jours après l’ouverture du mur, les camions publicitaires estampillés des noms de grandes marques occidentales prenaient place pour habituer les Allemands de l’Est à la société de consommation… Notre retour vers la Bretagne ne fût pas moins épique puisque nous fûmes arrêtés par la police est-allemande pour avoir stationné au bord de l’autoroute : les kalachnikovs pointées sur nous nous rappelèrent que la liberté ne s’écrivait pas de la même manière de ce côté de la frontière…

9 novembre 2019 : toujours amis, nous avons décidé de retourner à Berlin pour célébrer les 30 ans de la Chute du Mur et, 30 ans après, nous avons retrouvé les mêmes amis qui nous ont hébergé dans le même appartement qu’en 1989 mais……nous n’avons pas trouvé le même Berlin.

Berlin s’est depuis muée en capitale assez semblable aux autres capitales européennes. Il nous fut difficile de reconnaître la ville dont il ne reste qu’un bout de Mur, même si le tracé de ce dernier, sous forme de pavés, est toujours présent. Le no man’s land a laissé place à des tours construites par des architectes de renommée internationale. Des vestiges de Berlin-Est ont été conservés comme pour mieux réaffirmer que ce passé pourrait resurgir à tout moment. Et parmi les temps forts de notre voyage, cette visite de l’ex-Quartier Général de la Stasi, la police politique de la RDA, dont le seul nom suffisait à terrifier la population. Les salles des immenses immeubles gris furent conservées en l’état peu après la chute du Mur. Ici, des tas d’archives où les noms de personnes fichées s’égrènent page après page, là des bandes magnétiques, des caméras dissimu-lées, des salles d’interrogatoire. Et on ne peut qu’imaginer les victimes de ce système, seules, face à leurs bourreaux en cravates.

Heureusement, Berlin est aussi aujourd’hui cette capitale jeune et dynamique où les artistes ont su, dans les musées ou sur la scène Underground, non seulement conserver cette mémoire mais aussi la transcender en introduisant la couleur de la paix dans son futur commun, donnant un avenir aux rêves de paix.

Karine Quéméré, Valérie Tréflès, Christian Troadec.